AUJOURD'HUI : LA PERFORMANCE NE SE MESURE PLUS SEULEMENT À L'ENDURANCE

Le vocabulaire professionnel évolue.

On parle + de :

  • qualité de vie au travail ;
  • prévention des risques psychosociaux ;
  • équilibre entre activité et récupération ;
  • santé mentale au travail ;
  • performance durable ;
  • charge cognitive ;
  • prévention de l’épuisement.

Mais derrière ces expressions, une transformation plus profonde apparaît.

La question n’est plus seulement :

« Comment produire davantage ? »

Elle devient progressivement :

« Comment maintenir une capacité d’action élevée dans le temps ? »

Cette distinction est importante.

Car une performance obtenue au prix d’une mobilisation permanente peut difficilement être considérée comme durable.

© Photo de Oleg Ivanov sur Unsplash


CE QUI A CHANGÉ

Un ordinateur peut être fermé en quelques secondes.

Mais le travail peut continuer mentalement.

Un problème non résolu.

Une conversation difficile.

Une décision à prendre.

Une réunion du lendemain.

Un message auquel on n’a pas répondu.

La recherche sur le détachement psychologique montre justement que cesser physiquement de travailler ne signifie pas nécessairement se détacher mentalement du travail.


Une notification peut suffire à réintroduire une question professionnelle dans une période qui devait être consacrée au repos.

Le problème n’est donc pas uniquement le nombre d’heures travaillées.

C’est également la fragmentation de l’attention.

Une journée peut être terminée sans que l’esprit ait réellement bénéficié d’une période de faible sollicitation.


Les recherches sur les expériences de récupération distinguent notamment plusieurs dimensions : détachement psychologique, relaxation, maîtrise d’une activité et sentiment de contrôle sur son temps.

Cela change la manière de regarder le repos.

Récupérer ne signifie pas nécessairement :

ne rien faire.

Une activité peut être récupératrice si elle permet de sortir du registre habituel de sollicitation.

Marcher.

Faire du sport.

Lire.

Jardiner.

Voir des proches.

Pratiquer une activité créative.

Ou simplement disposer d’un moment sur lequel on exerce réellement un contrôle.


MON AVIS : LE PROBLÈME N’EST PAS DE TRAVAILLER BEAUCOUP

Travailler beaucoup n’est pas nécessairement incompatible avec une bonne récupération.

Certaines périodes professionnelles nécessitent objectivement une forte mobilisation.

Le problème apparaît davantage lorsque la mobilisation devient le mode de fonctionnement par défaut.

Lorsqu’il n’existe plus de véritable transition.

Lorsqu’on passe directement d’une réunion à un trajet, puis à des messages, puis à une soirée familiale, puis à un ordinateur ouvert dans le lit.

À ce moment-là, la question n’est plus seulement :

« Combien d’heures est-ce que je travaille ? »

Mais :

« Combien de temps mon organisme dispose-t-il réellement pour sortir de la sollicitation ? »


DEMAIN : LA PERFORMANCE POURRAIT AUSSI SE MESURER À LA CAPACITÉ À RÉCUPÉRER

Il ne s’agit pas d’opposer performance et récupération.

Au contraire.

Une méta-analyse sur les micro-pauses a montré de petits effets favorables sur la vigueur et la fatigue, même si l’effet global sur la performance n’était pas significatif.

Cela invite à sortir d’une vision simpliste :

travailler = produire
s’arrêter = perdre du temps

Entre les deux existe tout un ensemble de mécanismes permettant de gérer les ressources disponibles.

La question devient alors celle de la durabilité de la mobilisation.

Un dirigeant, un entrepreneur ou un cadre peut être capable de fonctionner sous pression pendant plusieurs semaines.

Cela ne signifie pas nécessairement que ce fonctionnement peut être maintenu indéfiniment sans conséquences.

La véritable compétence pourrait donc être double :

savoir mobiliser ses ressources lorsque c’est nécessaire ;
savoir les laisser revenir lorsqu’elles ne le sont plus.


LES TEMPS CHANGENT-ILS VRAIMENT ?

Peut-être.

Mais le changement ne consiste pas à passer d’une culture du travail à une culture du repos.

Il s’agit plutôt de comprendre que l’une ne peut pas fonctionner durablement sans l’autre.

La performance moderne pourrait ainsi progressivement intégrer une notion longtemps considérée comme secondaire :

la capacité de récupération.

Pas comme une faiblesse.

Pas comme une récompense.

Pas comme une parenthèse.

Mais comme une partie du cycle de performance.


Avant : tenir était souvent considéré comme une preuve de performance.

Aujourd’hui : la capacité à préserver ses ressources devient un sujet de plus en plus présent dans les réflexions sur le travail.

Demain : la performance durable pourrait davantage intégrer la capacité à alterner mobilisation et récupération.

Parce qu’au fond, le véritable enjeu n’est peut-être pas de tenir toujours plus longtemps.

C’est de pouvoir continuer à agir efficacement sans avoir besoin d’aller jusqu’à l’épuisement pour s’arrêter.


  • Bennett AA et al. A Meta-Analysis on Antecedents and Outcomes of Detachment from Work
  • Albulescu P et al. Give me a break! A systematic review and meta-analysis on the efficacy of micro-breaks for increasing well-being and performance
  • Sonnentag S et al. Did you have a nice evening?
  • Haun VC et al. Trajectories of psychological detachment over the weekend

LA PERFORMANCE ca n’est pas TENIR coûte que coûte

ÇA dépend aussi de la capacité à retrouver suffisamment de disponibilité pour recommencer.

© Photo de Oleg Ivanov sur Unsplash

 

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