Du mode alerte au retour au calme : comprendre les 3 niveaux de mobilisation

Introduction

Le stress n’est pas nécessairement un problème.

Il permet de mobiliser rapidement nos ressources lorsqu’une situation demande de l’attention, de l’effort ou une réaction immédiate.

Le problème apparaît lorsque la mobilisation devient difficile à interrompre.

On peut alors avoir l’impression d’être constamment « sous tension », de continuer à réfléchir après sa journée, de dormir sans véritablement avoir la sensation de récupérer ou de passer d’une période intense à une autre sans véritable retour au calme.

Pour comprendre cette dynamique, on peut distinguer trois niveaux de mobilisation.

Cette grille est une lecture pédagogique proposée par DEAP, et non une classification médicale officielle.


1. PREMIER NIVEAU : LA MOBILISATION ADAPTÉE

Dans ce premier niveau, l’organisme répond à une demande ponctuelle.

Une réunion importante, une échéance, une prise de parole, une décision à prendre : le niveau d’activation augmente parce que la situation le nécessite.

Puis, lorsque la demande diminue, l’organisme peut progressivement revenir vers un état moins sollicité.

C’est une caractéristique importante : la mobilisation n’est pas permanente.

Elle apparaît, atteint un certain niveau, puis diminue.

Ce fonctionnement permet notamment de mobiliser l’attention et les ressources nécessaires à l’action.

À quoi cela peut ressembler ?

Vous êtes concentré avant une présentation.

Votre attention augmente.

Vous êtes plus vigilant.

Vous mobilisez davantage d’énergie.

Puis la présentation terminée, la tension redescend progressivement.

Vous pouvez passer à autre chose.

La capacité à redescendre compte autant que la capacité à monter en puissance.


2. DEUXIÈME NIVEAU : LA MOBILISATION PROLONGÉE

Le deuxième niveau apparaît lorsque les périodes de sollicitation s’enchaînent.

Le problème n’est plus nécessairement l’existence du stress, mais l’absence de véritables espaces de récupération entre les sollicitations.

La journée de travail se termine, mais les pensées continuent.

Un problème reste en tête.

Une décision doit encore être prise.

Un message professionnel arrive.

Le cerveau continue à traiter ce qui s’est passé ou ce qui devra être fait demain.

La recherche sur le détachement psychologique du travail montre justement que la capacité à se détacher mentalement du travail est associée à différents indicateurs de récupération et de bien-être.

Autrement dit : être physiquement sorti du bureau ne signifie pas nécessairement que l’on a terminé sa journée sur le plan psychologique.

Le piège

C’est souvent ici que l’on peut confondre arrêt de l’activité et récupération.

On ferme l’ordinateur.

Mais on continue à résoudre mentalement un problème.

On se couche.

Mais on prépare déjà la journée suivante.

On part en week-end.

Mais on reste connecté aux dossiers.

La sollicitation change de forme, sans véritablement disparaître.


3. TROISIÈME NIVEAU : LA DIFFICULTÉ À REDESCENDRE

À ce stade, le sujet n’est plus seulement la quantité de travail.

C’est la capacité à retrouver régulièrement un état moins sollicité.

On peut alors observer une forme de continuité entre les périodes d’activité et les périodes censées permettre la récupération.

Le week-end ne suffit pas toujours à produire un véritable décrochage.

Le soir ne devient pas nécessairement une période de récupération.

Et même lorsque rien d’urgent ne se passe, l’organisme peut rester orienté vers l’anticipation, la résolution de problèmes ou la vigilance.

Les travaux sur le détachement pendant les périodes de repos montrent que les expériences de récupération varient fortement d’une personne à l’autre et d’un week-end à l’autre.

Cela permet de comprendre une chose essentielle :

ne rien avoir à faire n’est pas automatiquement synonyme de récupération.

Une photo de Jason Leung traduit bien ma pensée, j’y reviendrai dans un autre article. ©Photo de Jason Leungsur Unsplash


Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Ces trois niveaux ne sont pas des catégories dans lesquelles une personne serait définitivement enfermée.

Nous pouvons passer de l’un à l’autre selon les périodes de vie, les contraintes professionnelles, les événements rencontrés ou la qualité des périodes de récupération.

La vraie question est donc moins :

« Quel niveau suis-je ? »

que :

« Est-ce que je sais encore revenir vers un état moins sollicité ? »

Quelques signaux peuvent donner matière à réflexion :

  • vous avez du mal à décrocher du travail ;
  • vous continuez à résoudre mentalement des problèmes le soir ;
  • vos périodes de repos sont régulièrement occupées par des sollicitations ;
  • vous avez besoin d’attendre l’épuisement pour vous arrêter ;
  • vous avez du mal à passer rapidement de l’activité au repos.

Aucun de ces éléments ne constitue à lui seul un diagnostic.

Ils peuvent simplement inviter à observer la manière dont alternent mobilisation et récupération.


Comment retrouver une capacité de récupération ?

Il ne s’agit pas nécessairement de supprimer toute contrainte.

Une vie professionnelle exigeante comporte naturellement des périodes de forte mobilisation.

L’enjeu est plutôt de créer des transitions.

1. Créer une vraie coupure

La fin du travail doit progressivement devenir identifiable.

Fermer l’ordinateur peut être un premier geste.

Mais le détachement psychologique implique également de réduire la poursuite mentale du travail.

2. Créer des périodes de faible sollicitation

Une pause n’a pas besoin d’être longue pour être utile.

Une méta-analyse sur les micro-pauses a notamment trouvé de petits effets favorables sur la vigueur et la fatigue, même si les effets sur la performance globale n’étaient pas significatifs.

La récupération n’est donc pas nécessairement une longue période d’inactivité.

Elle peut aussi être constituée de moments réguliers où la sollicitation diminue.

3. Varier les expériences

Récupérer ne signifie pas toujours dormir ou rester immobile.

Les recherches sur les expériences de récupération distinguent notamment le détachement psychologique, la relaxation, la maîtrise d’une activité et le sentiment de contrôle sur son temps.

Lire.

Marcher.

Pratiquer une activité.

Passer du temps avec d’autres personnes.

Faire quelque chose qui n’a rien à voir avec son travail.

Le point commun n’est pas l’activité elle-même.

C’est ce qu’elle permet de faire au système de sollicitation.


Ce que ces trois niveaux nous apprennent

La performance ne repose pas uniquement sur notre capacité à mobiliser nos ressources.

Elle dépend aussi de notre capacité à cesser de les mobiliser lorsque la situation ne l’exige plus.

On peut être très performant dans l’effort et beaucoup moins efficace dans la récupération.

Et c’est précisément là que se situe une partie du sujet.

Savoir accélérer est une compétence.
Savoir ralentir en est une autre
, complémentaire, et nécessaire !!

La récupération n’est donc pas l’opposé de la performance.

Elle constitue l’une des conditions qui permettent de maintenir une capacité d’action dans la durée.


À retenir

Mobilisation → effort → retour au calme.

Ce cycle peut sembler évident.

Pourtant, dans une journée professionnelle très sollicitée, la deuxième étape est souvent beaucoup mieux organisée que la troisième.

Le véritable enjeu n’est donc pas de ne plus être sous pression.

C’est de retrouver régulièrement la capacité à redescendre.


SOURCES SCIENTIFIQUES

  • Bennett AA et al. A Meta-Analysis on Antecedents and Outcomes of Detachment from Work
  • Albulescu P et al. Give me a break! A systematic review and meta-analysis on the efficacy of micro-breaks for increasing well-being and performance
  • Haun VC et al. Trajectories of psychological detachment over the weekend: Investigating antecedents and outcomes
  • Sonnentag S et al. Did you have a nice evening? A day-level study on recovery experiences, sleep, and affect

 

RÉCUPÉRER N’EST PAS S’ARRÊTER.

 

Comprendre ce qui maintient l’organisme en mobilisation permet de mieux identifier les conditions nécessaires pour retrouver progressivement un état moins sollicité.

 

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